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Le Désert mauve en scène

Le désert est indescriptible. La civilisation est une forme de paysage. Que se passe-t-il lorsque nous restons côté silence de la réalité et que le paysage défile comme une mémoire allant vers la mémoire? Qui serons-nous au sortir de l’image? — Nicole Brossard


Première image : le désert. La route en perspective divise le paysage. Au loin, un petit point devient rapidement une voiture. Mélanie au volant, gueule de rock, appuie sur l’accélérateur pour faire pencher la réalité un peu plus du côté de la lumière. Elle ne rentrera pas tout de suite chez sa mère qui s’inquiète sans doute de ce que sa fille, qui n’est pas en âge de conduire, roule si vite et si loin, dessinant des cercles autour du motel où elles habitent. Ça se passe près de Tucson, Arizona.

Première image : une table, deux chaises et les contours de ce qui pourrait être une chambre de motel. Face à son interlocuteur, l’écrivaine entame un dialogue sur des sujets qui la fascinent depuis fort longtemps : traduction, processus, lecture du réel. Des préoccupations qui sont centrales dans son œuvre et qui recoupent ces questions qui tiennent sa Mélanie en éveil, aux aguets : mais qu’est-ce que peut bien signifier ce mot « réalité »?

Entre conférence, théâtre et cinéma, les interlocuteurs — Brossard et Dumas — doivent se frayer un chemin à travers les images que leurs paroles font surgir. Personnages, lieux et objets, dimensions et beauté, tout cela qui bâtit une fiction, se fait de plus en plus touffu. Que devient un mot lorsqu’il s’incarne dans le temps et l’espace de la représentation?


Roman / processus

Le désert est indescriptible. La réalité s’y engouffre, lumière rapide. Le regard fond. Pourtant ce matin. Très jeune, je pleurais déjà sur l’humanité. À chaque nouvel an, je la voyais se dissoudre dans l’espoir et la violence. Très jeune, je prenais la Meteor de ma mère et j’allais vers le désert. J’y passais des journées entières, des nuits, des aubes. Je roulais vite et puis au ralenti, je filais la lumière dans ses mauves et petites lignes qui comme des veines dessinaient un grand arbre de vie dans mon regard.

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Premier paragraphe du Désert mauve


Le génie du roman de Brossard tient à cet équilibre qu’elle y a trouvé entre la fiction — forte et empreinte de poésie, voire de fragilité — et l’aspect plus formel du processus de traduction. De même, cette création prend le pari de se maintenir sur la crête entre ces deux versants en proposant une traduction du Désert mauve du langage littéraire vers le langage cinématographique. Les processus de cette traduction étant la scène, c’est ce passage qu’incarne le spectacle.

Le désert mauve, c’est un récit dans le récit. Le roman s’ouvre sur Le désert mauve de Laure Angstelle (un personnage, une auteure fictive), un texte d’une quarantaine de pages relatant l’histoire de Mélanie, une adolescente de 15 ans vivant avec sa mère dans un motel qu’elle possède près de Tucson, Arizona. L’adolescente — qui n’est pas en âge de conduire — emprunte souvent la voiture de sa mère, une Mercury Meteor, pour rouler à tombeau ouvert dans le désert. Mélanie, avide, se cherche et cherche à comprendre ce que signifie ce mot : « réalité ». Son récit pose avec acuité les questions de la perception et du désir. L’autre récit, c’est celui de Maude Laures, une traductrice (tout aussi fictive) de Montréal qui, après avoir trouvé dans une bouquinerie le livre Le désert mauve (celui de Laure Angstelle), décide d’en faire la traduction. Pour ce faire, elle se plie à différents exercices afin de s’approprier son univers de fiction. Elle en décrit les lieux et les objets (la piscine, le révolver, l’auto), elle dépeint les personnages, leur imagine un décor, elle invente des dialogues entre eux, etc. Tous ces exercices mènent à la traduction, du français au français, et Le désert mauve de Laure Angstelle devient Mauve, l’horizon de Laure Angstelle traduit par Maude Laures.

Pour cette création, l’équipe est partie du postulat suivant : nous sommes Maude Laures. Ainsi, le spectacle déplace la dynamique entre fiction et processus qu’on retrouve dans le roman plutôt que de relater le récit du personnage de la traductrice.

Pas de personnage de Maude Laures dans le spectacle, donc. En lieu et place, une petite équipe de créateurs marche dans ses pas. Et au cœur de cette équipe, on retrouve, bien sûr, les poètes instigateurs du projet. Assis l’un en face de l’autre à chaque extrémité d’une table de travail, ils discutent ensemble d’un projet de film (ou serait-ce un spectacle finalement?). Des bulles de fictions s’immiscent dans leur discussion. Graduellement, ces bulles prennent de plus en plus de place (et des formes diverses) jusqu’à un point pivot où la fiction bascule en avant-plan.

Tout comme le roman, le spectacle entrelace processus et fiction, ouvrant des fenêtres sur l’univers de Mélanie. La partie « processus » se déroule sur la scène, celle « fiction » prend la forme d’images envahissant graduellement le décor, c’est-à-dire l’espace où évoluent, dans le temps du spectacle, les poètes se mettant en scène. Tout comme dans Le désert mauve, il y a donc deux niveaux de représentation : celui du processus — où l’on voit Nicole Brossard et Simon Dumas installés à une table de travail — et, enchâssé dans celui-ci, celui de la fiction, celle de Mélanie dans le désert de l’Arizona. Cette représentation-là prend la forme d’un film envahissant peu à peu le décor. Ces images apparaissent sur le mobilier, sur le dossier d’une chaise, par exemple, où la Meteor passe en trombe. Puis, sur la table de travail. Graduellement, les images (et les sons qui les accompagnent) prennent de plus en plus de place. Jusqu’à la prendre toute. L’évocation du récit fait place à sa matérialisation. La fiction reprend ses droits sous formes d’un film ayant envahi la scénographie. Brossard et Dumas deviennent alors les personnages de ce film — l’équivalent de celui de la traductrice — avant de disparaître, laissant toute la place à la « traduction ».

© Édition originale : Éditions de l'Hexagone ©1987. 

Biographies des artistes

Nicole Brossard

Depuis 1965, Nicole Brossard a publié plus d’une quarantaine de titres parmi lesquels la poésie domine. Deux fois récipiendaire du Prix du Gouverneur général (1974, 1984) pour sa poésie, elle compte parmi les chefs de file d’une génération qui a renouvelé la poésie québécoise dans les années 70. Poète, Brossard affirme s’attabler à l’écriture d’un roman tous les 5 ans afin, dit-elle, de négocier son rapport à la réalité. L’un d’entre eux, Le désert mauve, paru en 1987, est considéré par plusieurs comme le premier roman postmoderne québécois. En 2013, l’auteure est nommée Chevalière de l’Ordre national du Québec. En 2018, elle reçoit le titre de Compagne de l’ordre des arts et des lettres du Québec. Œuvre majeure portant sur la traduction, le roman est traduit dans plus d’une vingtaine de langues. Ce qui caractérise le parcours de Nicole Brossard réside certainement dans le fait qu’elle n’a jamais cessé de chercher. Jamais son œuvre n’a été stagnante. Sans répit, elle questionne le réel et, souvent, met dans le mile. C’est avec cette même curiosité avide que, à l’invitation de Simon Dumas, elle se lance, après cinquante années de carrière littéraire, dans cette aventure du spectacle. Et c’est avec enthousiasme qu’elle a abordé cette nouvelle expérience, cette nouvelle dimension de la création. 


Simon Dumas

Simon Dumas est un artiste pluridisciplinaire dont les racines sont plongées dans la littérature. Auteur, il a fait paraître cinq livres de poésie dont Mélanie (2013) et Révélations (2016) aux éditions de l’Hexagone. Il est aussi, depuis maintenant quinze ans, producteur et metteur en scène de spectacles interdisciplinaires, notamment pour le compte de Rhizome dont il est le co-fondateur et le directeur artistique. Invariablement, ces projets prennent leurs assises sur des textes littéraires et font participer leurs auteurs à des processus collaboratifs de création. Inversement, des artistes d’autres disciplines se frottent aux écrivains. Ce sont des processus de lectures qu’il tente de mettre en branle, lecture littéraire, lecture interdisciplinaire et « traduction » d’un langage disciplinaire vers un autre. En cela, sa démarche s’inspire fortement des processus dont les rouages sont exposés dans Le désert mauve.


Marco Dubé

Monteur, réalisateur, directeur photo, animateur 2D et 3D, Marco Dubé est ce qu’on pourrait appeler en production vidéo, un artiste tout terrain. Après des études en infographie et multimédia interactif, il se lance dans la vie de freelance qui l’amènera dans une diversité de projets et de collaborations au cours des 20 dernières années. Reconnu à ces débuts pour son motion design et ses effets spéciaux de court-métrage, il intégrera le documentaire social et la performance live à sa pratique au fil des ans. Cofondateur de la cellule Kinö à Québec en 2001, il siégera comme administrateur et membre actif de différents organismes culturels au cours des années 2000. Pour la scène, on retrouve son travail entre autres sur la tournée Mon voyage au Canada de Mononc’Serge en 2002, Voyage, Voyage de Hélène Matte en 2007, Scala: Le mur du son 1ère édition (récipiendaire du prix Coup de Coeur du Public - Juste Pour Rire 2009), Les Essais, d’après Montaigne du Théâtre du Sous-Marin Jaune (2009), Le Moulin à image 3D (2011), Map Sonor Phase Fünf au Mois Multi (2013), Sous un Ciel qui grafigne lors des Nuits psychédéliques avec Erreur de type 27 (2016). Tableaux de Claudie Gagnon, dont il fit la direction photo, le montage et les animations 2D remporta le Prix Coup de Cœur du public de la Triennale québécoise au Musée d’Art Contemporain de Montréal (2011). Depuis 2010 au Musée de l’Amérique Française de Québec, on peut aussi voir son travail comme DOP, monteur et motion designer dans l’exposition Partir, la migration des francophones en Amérique. Parallèlement, il coréalise des documentaires tel Un toit, un droit (2005) et Symphonie Locass (2006) avec l’ONF et Télé-Québec, en plus d’une foule de courts-métrages et de reportages à caractère social pour la télévision ou le web. Quelques fois par années, il donne aussi des ateliers en montage pour le Conseil de la Culture de la région de Québec ou pour l’organisme Wapikoni Mobile dans des communautés autochtones. De la télévision à la scène, en passant par le court-métrage de fiction, le vidéo-clip, le documentaire, ce qui le nourrit avant tout dans la création vidéo, c’est la diversité des projets et des rencontres.


Chantal Dumas

Artiste sonore, Chantal Dumas explore le médium du son à travers l’installation sonore, la création radiophonique, la composition et le design sonore.
Les microphones sont ses outils, voire son instrument, l’écoute est une méthode d’approche. Adepte du Field Recordingelle fait de la collecte des sons de son environnement immédiat ou de lieux ciblés, la matière première de ses productions. En sortant du studio, elle prend le risque de se confronter à l’imprévisible, à l’incontrôlable, au fragile. C’est une façon sensible d’aller à la rencontre du monde et d’en prendre le pouls.
Son travail comprend une dimension participative qui se traduit selon les projets par une expérience immersive à vivre à l’intérieur d’un dispositif ou par une collaboration active dans le processus de création. Mettre en scène, mettre en jeu, faire vivre une expérience sont des stratégies utilisées pour faire de la création sonore un art de contact sensoriel.
Elle a réalisé plus d’une trentaine de productions radiophoniques diffusées sur les ondes des radios publiques et lors de festivals ici et à l’étranger (Allemagne, Autriche, Australie, Angleterre, France, Hollande, Italie, Suisse, États-Unis).
En 2011, elle séjourne à New York au Studio du Québec (Conseil des arts et des lettres du Québec - CALQ) et à l’automne 2016, aux Récollets à Paris (CALQ). Son travail récompensé par les Prix Opus Concert en musique électroacoustique (Qc) et le prix Bohemia en 2010 et Phonurgia Nova en radio (Europe).


Julie Lévesque

Julie Levesque est issue du Conservatoire d’art dramatique de Québec (2007). Dès sa sortie, elle reçoit une co-nomination aux Prix d’excellence des Arts et de la Culture 2008 pour la scénographie de La trilogie de Belgrade (Premier Acte, 2007). La même année, elle co-fonde la compagnie 7981Théâtre, reçoit une deuxième nomination aux Prix d’excellence des Arts et de la Culture 2009 pour le décor et les marionnettes de la pièce Le « K » Buster (2008). En 2009, elle est récipiendaire de la bourse Desjardins/Théâtre Blanc 2009-2010. Elle conçoit les décors et accessoires depuis huit ans pour l’exercice lyrique du Conservatoire de Musique de Québec. Elle est pigiste pour de multiples compagnies et théâtres notamment : Ex-Machina, Le Théâtre Blanc, Le Théâtre du Trident, Le théâtre Niveau Parking, Le Festival de cinéma de ville de Québec, Code Universel, Alan Lake Factori(e) ou encore L'École de Cirque, Flip Fabrique et Machine de cirque. Elle compte nombre de projets à son actif dans différentes sphères, musée, cinéma, installations. Elle a fait les costumes pour Qui a peur de Virginia Woolf? au Théâtre de la Bordée (2015). Elle a conceptualisé l’univers de la station Fêter Quoi? du parcours Où tu vas quand tu dors en marchant? (2015-2016), puis réalisé le décor de Crépuscule - Vents et Marées (Chapître III) spectacle estival présenté par la Ville de Québec et Flip Fabrique (2017). Dans sa pratique, elle s’intéresse aux arts visuels, à la projection, aux matières. Par ailleurs, elle pratique la photographie, la peinture et le travail infographique.


Marc Doucet


C’est en 1999 lors du tout premier spectacle d'un regroupement qui allait devenir les Productions Rhizome que Marc Doucet s'improvise directeur technique. Il a la piqûre. En 2001, il collabore avec Fred Lebrasseur, à la conception sonore de Formes 3. Découvrant ainsi l’échantillonnage et les machines à effets, Marc Doucet devient concepteur sonore pour plusieurs spectacles littéraires multidisciplinaires et conçoit des univers sonores pour la scène, le théâtre, la danse, les musées, etc. Depuis plus de 10 ans, il a collaboré avec des organismes aussi divers que les Productions Rhizome qu'il a cofondé en 1999, LCQ productions, le Musée de la Civilisation, le Musée de l'Amérique Française, Ex-Machina, ExpoCité, Premier Acte, Cinémanima, APTN, la Manif d'Art, le Mois-Multi, le Lantiss, la Rotonde, Daniel Danis, Les Nuages en Pantalon, Le Théâtre du Trident et plusieurs autres.


Annick Beaulieu


Depuis plus de 10 ans, Annick cumule diverses expériences dans le domaine de la production audiovisuelle, principalement comme réalisatrice, mais aussi à d’autres titres (concept, scénario, recherche, coordination, montage). Elle a travaillé durant plusieurs années au bureau de Télé-Québec à Québec : actualités culturelles, entrevues, reportages, packaging, etc. Comme travailleuse autonome, elle a également réalisé plusieurs campagnes publicitaires ainsi que des projets corporatifs variés.

Galerie photos

Tournage et résidence 2017 


Crédits et partenaires

Spectacle librement inspiré du livre Le Désert mauve (l'Hexagone, 1987) de Nicole Brossard


Une production de Rhizome 

Textes • Nicole Brossard et Simon Dumas
Mise en scène • Simon Dumas
Images, vidéo, montage et projections • Marco Dubé

Assistance au tournage • Olivier A. Dubois
Conception sonore • Chantal Dumas

Conception des éclairages • Renaud Pettigrew
Assistance à la mise en scène • Geneviève Allard / Anne-Marie Desmeules / Lola Tillard
Coordination tournage • Annick Beaulieu
Direction technique • Marc Doucet
Chef décoratrice (tournage) et scénographie • Julie Lévesque

Assistance aux décors et accessoires (tournage) • Annie Audet

Images supplémentaires • Geneviève Allard

Chauffeur • Alain Dumas
Stagiaire • Samantha Brunet

Administration • Yves Doyon


Musique dansante : Austra (The Beat and the Pulse)


Distribution par ordre d’apparition :

Mélanie (voix) • Mélissa Merlo

Laure Angstelle (voix) • Marie Gignac

Angela Parkins • Evelyne de la Chenelière

Lorna Myher • Arielle Warnke St-Pierre

Kathy Kerouac • Valérie Laroche

Mélanie • Judith Rompré

L’Homme long • Simon Drouin / Todd Picard


Figuration :

Le pompiste • Jean-Nicolas Demers

Les collègues d’Angela • Alain Dumas et Christian Morin

Les jeunes femmes en maillot • Daphné Lehoux, Catherine Baril, Maïté Cyr-Bruneau

Le tueur à gage • Christian Morin

Doublure de Judith Rompré • Chanel Tremblay


Les danseurs du Pub Limoilou • Robert Garneau / Anne-Marie Desmeules / Étienne G.-Desmeules / Seydou Oualtera / Guillaume Bougia / Joseph Roussel / Patrick Desbiens / Étienne Genest / Émilie Clepper / Myriam Fontaine / Wellie Denis / Claude Boily / Ariane Lehoux / Sara Garneau / Geneviève Dufour / Geneviève Lapierre / Ramon Cordoba / Jean-Yves Fréchette / Jacques Blanchet



Remerciements : Garage Léopold Lévesque, Pub Limoilou, Motel Beauport Inn, L’Autre Cuisine, Camping de la joie


La résidence de création réalisée au mois d'octobre 2016 a été rendue possible grâce au soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec, du Conseil des arts du Canada et de la Maison de la littérature de Québec.





La résidence réalisée au mois de novembre 2017 est rendue possible grâce au soutien financier du Conseil des arts du Canada, du Conseil des arts et des lettres du Québec, de l’Entente de développement culturel intervenue entre le ministère de la Culture et des Communications et la Ville de Québec et des Productions Recto-Verso. 







Édition originale : Éditions de l'Hexagone © 1987. Rhizome et Nicole Brossard remercient les Éditions de l'Hexagone d’avoir permis l’utilisation du texte original.


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