Le vivant

Les origines du projet

Le Vivant est le titre d’un poème de Carl Lacharité livré en duo avec l’artiste audio Érick d’Orion.

Issue d’une longue démarche, la création de cette performance s’est élaborée au fil de résidences croisées entre le Québec et le Mexique. Le texte, la pièce audio et les vidéos originales furent réalisés dans un état de déracinement, en contact avec une autre langue, une autre culture.

Lors de la création de la première version du projet, le texte de Carl Lacharité fut traduit en espagnol sur place. Puis, les rues de Colima furent arpentées afin de demander aux passants de lire devant la caméra les poèmes fraîchement transposés dans leur langue. Cette rencontre entre la poésie de l’un et le quotidien de l’autre est palpable dans la vidéo, laquelle permet une recontextualisation lors de la performance.

Un projet axé sur la rencontre

Ce processus, nous nous proposons de le transposer dans différents contextes. Nous souhaitons nous frotter à d’autres langues, à d’autres cultures. Pour ce faire, nous comptons aller à la rencontre de l’Autre — en Bretagne, en Catalogne ou ailleurs — et traduire sur place les textes, puis arpenter les rues pour faire participer le citoyen.

Le duo Lacharité / d’Orion

Le chemin parcouru côte à côte par le poète Carl Lacharité et l’artiste audio Érick d’Orion lors des précédentes résidences fut long et les racines que chacun plonge dans l’univers de l’autre sont profondes. Les ondes sonores d’Érick d’Orion savent transporter les mots de Carl Lacharité. Ce duo constitue la base de ce projet in situ performatif.

CARL LACHARITÉ

Drummondville, poète

Touchant à la poésie, la poésie graphique et la pataphysique, la production artistique de Carl Lacharité est multiforme.

En poésie, il a publié 8 livres et a fait paraître de nombreux textes dans des revues et des
collectifs. Sa poésie graphique intègre la poésie, la sérigraphie et la cartographie afin de mettre en scène le texte en train de s’écrire, montrant les hésitations du poète, les différents chemins que peut prendre le texte. Pour ce faire, il n’hésite pas à « squatter » les livres d’autres
auteurs, masquant le texte du livre, ne conservant que les mots qu’il utilise pour écrire son propre texte, qui fait un chemin d’un bout à l’autre du livre. Il utilise aussi, comme support, de grands panneaux ou de grandes feuilles de papier.

Animateur culturel, il a fondé, en 2002, le Festival de pataphysique ‘P, qu’il sert en tant que Sous-Potentat et Grand Chevaucheur de Paniques. C’est dans le cadre de ce festival qu’il a créé sa Symphonie pop-corn en ‘P majeur pour micro-ondes et qu’il a simulé un tremblement de terre de magnitude 6 sur l’échelle de Richter, ce qui, à une échelle de 1/111111, équivaut exactement au rire pataphysique.

Érick d’Orion

Québec, artiste audio

Érick d’Orion est un artiste audio, en installation et en nouveaux médias, un compositeur-musicien autodidacte et un commissaire audio résidant à Québec. 

Concentrant en grande partie ses recherches audio sur le maximalisme numérique et la
tension omniprésente entre le quasi narratif et l’abstraction totale, il effectue un travail qui se rapproche du noise, de la musique concrète, du free jazz et de l’électroacoustique, tout en se gardant la totale liberté de ne pas faire partie d’une chapelle esthétique. Il fait entre autres partie du duo morceaux_de_machines, a été cofondateur et directeur artistique du défunt collectif MACHINES: abstractions sonores électroniques, ainsi que cofondateur du collectif Napalm Jazz. Il a été commissaire pour plusieurs événements et a participé à la programmation du centre Avatar pour la saison 2009. Il a régulièrement collaboré avec Rhizome, notamment aux projets internationaux Atomes et Para quedar / pour rester humain. 

Son travail a été présenté au Canada, en Europe, en Australie, à Cuba et au Mexique.

Conditions techniques

Le Vivant se présente très simplement, sans exigence technique complexe. Le son peut être diffusé en quadriphonie ou en stéréo à l’aide d’une console de son avec 6 entrées et 4 sorties. La projection demande deux projecteurs vidéo et un écran. Il faut aussi prévoir deux tables de régie ainsi que le câblage audio et vidéo nécessaire. Rhizome fournit le matériel informatique.

Galerie photos

Vidéos

Partenaires

Ce projet fut rendu possible grâce au projet Para quedar / pour rester humain, une coproduction avec la Cie de Danza y de Arte Escénico de Colima.

Extrait sonore

Voici un extrait de la lecture-performance avec la musique d’Érick d’Orion. Cet extrait fut enregistré au LANTISS (Laboratoire des Nouvelles Technologies de l’Image du Son et de la Scène) de l’Université Laval.  

Le texte et ses traductions

Complice de l’argile, la fougère tremble. Des traces dans la boue à la pluie fixant l’horizon, son travail est de trembler : mémoire fossile, patience du vent. Ça frôle l’érosion. Ça cherche les failles du corps, l’humide, le poids divisible du corps, la clarté poreuse et le ciel compact. Obéissant à la vibration, la fougère n’attend pas le soleil, creuse l’énigme d’une autre solitude.


C’est passé à travers le paysage; d’autres corps douloureux. Ça creusait dans la nuit. Ça creusait, contre le corps, la terre du corps plein d’arbres et de hauts cris. Et même si ça pesait lourd, le corps et l’autre corps, leur lente extension vers le centre, nous les plus pauvres, creusions aussi. Creusions, profondément, pour délier les ronces cachant des oiseaux effrayants les jours de pluie. 

C’EST DÉJÀ CORPS, LA DOULEUR. C’EST DÉJÀ LIEU.
ET TOUT RECOMMENCE PAR LA CORRUPTION DU CENTRE, PAR LE GEL ET PAR LE SEL, PAR L’ANNEAU DU SERPENT.
ÇA PALPITE. ÇA SE MORCELLE. 
ÇA SE DISPERSE.

SE HIZO CUERPO, EL DOLOR. TUVO LUGAR. ES PARTE DE LA ESPECIE. Y TODO RECOMIENZA POR LA CORRUPCIÓN DEL CENTRO, POR EL MAL Y POR LA SAL, POR EL ANILLO DE LA SERPIENTE. PALPITA. SE FRAGMENTA. SE DISPERSA.