Vocalités vivantes

Vocalités vivantes - Un parcours américain

« Tandis que l’oralité est un concept, une abstraction, la voix est concrète. Sa qualité détermine l’appréciation du poème en tant que tonalité et rythme. »
— Paul Zumthor, La lettre et la voix, Paris, Seuil, 1987, p. 205

À l’occasion du 150e de la Confédération, grâce au soutien du Conseil des arts du Canada (programme Nouveau Chapitre), des escales du projet ont été réalisées au Canada (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Ontario, Manitoba et Saskatchewan). #VocViv
 Pour connaître le parcours de la caravane réalisé en 2017 : vocalites.ca
 #VocViv en images sur Flickr
Ce projet a pour origine celui amorcé en 2009 au Mexique : Le vivant.
Vocalités vivantes est un rallye vidéo se situant entre poésie et documentaire. Son point de départ est un duo mêlant poésie et musique nouvelle du poète Carl Lacharité et de l’artiste sonore Érick d’Orion. Tous deux sont québécois. Le texte du poète, intitulé Le vivant, traite du thème de l’origine, tant celle de l’individu que celle de la communauté, voire de l’espèce. Ce thème de l’origine étant abordé par un art dont le matériau est la langue, on peut poser que le texte traite également des origines de celle-ci.
Au duo de départ s’ajoute le vidéaste et metteur en scène Simon Dumas. Le duo devenu trio va à la rencontre de différentes communautés francophones un peu partout dans la Francophonie américaine. Chacune des escales vient alimenter la performance de capsules vidéo dans lesquelles les membres de chacune des collectivités visitées interviennent en lisant un extrait du Vivant dans des mots qui sont soit ceux de leur quotidien, soit ceux de leur passé. Au fil des escales, la performance poético-documentaire met en perspective les différentes réalités de la Francophonie.
À travers les époques, le rôle social et politique du français a évolué. Langue diplomatique, langue fédératrice, langue du quotidien. Et bien sûr, l’évolution de ce rôle diffère selon les différents territoires — différentes communautés — où le français s’est implanté au cours de son histoire. Car les langues — et la langue française en est une parfaite illustration — ne sont pas des espaces clos, hermétiques. Au contraire, elles sont des lieux vivants, en constante mutation, perméables aux changements, aux évolutions, aux transferts de toute sorte.

Le processus

Simon Dumas et Érick d'Orion en pleine collecteVocalités vivantes est une œuvre originale, vivante, mouvante, qui fait sortir la poésie du livre pour la replacer dans la rue, dans des lieux vivants où elle devient parole, récupérant du même coup un peu de son intégrité, de son ancien pouvoir. En reproduisant à chaque étape le même processus, Vocalités vivantes crée ainsi une communauté de parleurs, de « hauts parleurs » liés les uns aux autres dans une expérience sensible du texte, du lieu et de la voix pour, à terme, former une courtepointe polyphonique vivante aux voix, aux accents, aux musiques et aux images d’ici et d’ailleurs. À l’instar du texte de Carl Lacharité qui n’est marqué ni par le temps ni par le lieu, l’œuvre en construction interroge plus qu’elle ne répond, propose plus qu’elle ne déclare, grouille, palpite, se morcèle, se disperse pour renaitre à chaque fois, chaque lecture faisant écho à la précédente et annonçant celle à venir.

Une sélection de cinq poèmes de la suite poétique Le Vivant fait donc l’objet de ces lectures en vox populi. Auparavant, ces cinq poèmes ont été réécrits par un poète de la localité visitée afin de leur donner une couleur plus locale, et ce, tant dans la langue que dans une certaine approche de la réalité. 
C’est aussi cela, la poésie.
Au fil des escales et procédant par accumulation, le récit poétique de Carl Lacharité, porté par la musique d’Érick d’Orion et les images de Simon Dumas, devient donc une performance documentaire aux accents poétiques, polyphoniques et anthropologiques. Un portrait de la Francophonie apparait petit à petit, en perspective. 
Les escales :
 Caraquet, une communauté phare de la péninsule acadienne — du 3 au 9 août 2015
► Matanie, la porte d’entrée de la Gaspésie — du 5 au 11 septembre 2016
 Port-au-Prince, Haïti — du 29 novembre au 13 décembre 2016
 Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse — du 6 au 16 août 2017
▸​ Ontario, Manitoba et Saskatchewan — du 18 septembre au 9 octobre 2017
D’autres escales américaines sont envisagées à Lafayette (Louisiane), Saint-Pierre-et-Miquelon (France en Québec) et São Paulo (Brésil).

Le spectacle

Vocalités vivantes propose de réamorcer ce processus poétique et performatif au cours d’un parcours mené aux abords de la francophonie, à la recherche de ce lien qu’est cette langue française que nous avons aujourd’hui en partage, cette langue qui se
« dit » différemment selon le lieu, l’histoire et la culture, cette langue qui, bien que répondant à des règles, à des codes précis, n’est pas pour autant un monolithe clos et hermétique mais plus sûrement le « territoire » vivant d’une pluralité, d’une diversité qui l’enrichit et s’enrichit tout à la fois.
Ce n’est pas un hasard si c’est ce texte, Le Vivant de Carl Lacharité, qui nourrit et motive cette démarche mise en place ici. De fait, c’est le texte (et le travail sur celui-ci) qui a en quelque sorte appelé la participation de la communauté. Depuis 2009, à l’invitation de Rhizome, Carl Lacharité et Érick d’Orion ont travaillé ensemble, sous la direction artistique de Simon Dumas, à la création puis au rodage de ce duo. Entre 2009 et 2017, Le Vivant fut présenté une douzaine de fois sous une forme ou une autre. Comme le texte traite du thème de l’origine — de la cellule à la communauté en passant par la fougère —, très tôt dans ce processus s’est imposée l’implication de ladite communauté — sous forme de vox populi poétiques. 
Le résultat n’est pas une lecture accompagnée de musique, mais bien un duo de poésie et d’art sonore rodé dont les composantes forment un tout : Le Vivant. La pièce Lacharité/d’Orion est littéralement conçue — et ce, depuis les premières heures de son existence — pour recevoir les inserts vidéo composés de plans fixes d’individus lisant un choix de poèmes sélectionnés parmi ceux composant le texte Le Vivant. Ces inserts sont produits selon un canevas, c’est-à-dire le scénario du spectacle. 

Lors de la soirée de clôture du Festival de poésie de Caraquet, les citoyens suivants se sont ajoutés au duo Le Vivant : Eugénuce Lanteigne (introduction et générique d’ouverture), Yvon Cormier (premier poème), Bernard Thériault (second poème et interview), Diane Losier (troisième poème), Denise Lanteigne (quatrième poème, conclusion et générique de fin) et Rita Thériault-Benoît (cinquième poème). 
LA RÉCEPTION
Le résultat de cette semaine de collecte de « poèmes dits », tissés à même la trame de la pièce Le Vivant, fut plus que bien reçu. Bien sûr, le spectacle s’ouvrant sur un personnage bien connu et apprécié de la collectivité — à savoir le boucher de l’épicerie de la Pointe Rocheuse — a permis au public d’adhérer immédiatement à la proposition. D’autant plus que le boucher en question, Eugénuce Lanteigne, venait en quelque sorte illustrer le concept de la présentation, faisant office de programme et de prologue. Après ce démarrage quelque peu humoristique, le spectacle est entré tout de suite dans la densité du poème. Durant les vingt-huit minutes que dure la présentation, le spectacle oscille entre un ton poétique et dense et un ton documentaire plus léger. Cette formule est venue aérer le spectacle et a semblé être très appréciée du public. Les applaudissements furent soutenus, longs et chaleureux, ne recueillant au final que d’excellents commentaires. Plusieurs des participants aux vox populi furent présents, manifestant eux aussi leur appréciation. Bref, un succès sur toute la ligne. 
LA PERTINENCE
C’est justement dans cette sorte de dialogue avec la collectivité que se situe la pertinence d’une telle démarche. Le poème « va à la rencontre » des membres de la communauté, laquelle devient témoin de cette rencontre en fin de processus. Bien sûr, la ligne est fine entre la rencontre et la caricature, et l’équipe en est fort consciente. Le dialogue doit se faire — et se fait— d’égal à égal, sur le plancher de la réalité, démontrant ainsi que la poésie en fait bel et bien partie. Et du quotidien aussi. Car, comme le dit si bien Bernard Thériault dans le spectacle : « La poésie ne doit jamais être loin du quotidien parce que, sans ça, elle n’est pas accessible ». 

Extrait textuel

Le vivant — une suite poétique de Carl Lacharité

C’est déjà corps, la douleur. C’est déjà lieu. C’est dans l’espèce. Et tout recommence par la corruption du centre, par le gel et par le sel, par l’anneau du serpent. Ça palpite. Ça se morcèle. Ça se disperse. C’est la moitié du ciel précipité dans l’usure de l’arbre; un instant rescapé de l’espèce ou un fleuve dans un fleuve qui recommence sans se répéter. Homme-fougère, homme-poisson. C’est plein de crevasses, le vivant. Ça espère un corps, des corps, et la secrète palpitation de l’évènement.
Comme le paysage dans sa lisière se révèle l’homme au vivant. C’était pâle et sale. C’était salive arrachée à la mer, brûlante à devenir transparence et mémoire aveugle. Dans l’agitation, les corps reconnaissaient la ligne, mais nul n’osait la nommer.
On disait : l’affaissée, la circonscrite, la soumise s’allongeant parmi le vivant. Échoué, éviscéré, le poisson initierait l’infatigable désir du feu.
Viendraient les rayons obliques, presque horizontaux, poser des corps, des présences possibles. Donnez-nous l’inflexion du poisson, le difficile commencement des mots, la suffocation d’être regardés, ou moins encore : la nostalgie du soleil, une légèreté promise à la disparition.
[…]

C’est passé à travers le paysage; d’autres corps douloureux. Ça creusait dans la nuit. Ça creusait, contre le corps, la terre du corps plein d’arbres et de hauts cris. Et même si ça pesait lourd, le corps et l’autre corps, leur lente extension vers le centre, nous les plus pauvres, creusions aussi. Creusions, profondément, pour délier les ronces cachant des oiseaux effrayants les jours de pluie.


Traduction en créole d’Aljany Zephirin, journaliste au National de Port-au-Prince, 2016

Gen yon latriye bagay nan lanati ki chaje ak doulè nan bitasyon kò yo. Yo t ap fouye nan mitan lannwit malatchong, tankou bann sanpwèl k ap batay ak tenèb. Yo t ap bouske latè ki chaje ak pyebwa ak gwo rèl. Menmsi akwasman yo te fè yo lou kou pwa senkant, nou menm pòv yo, nou t ap fouye tou. Nou t ap fouye fon pou nou dechouke touf. Pyebwa ki abrite zwezo ki bay laperèz nan sezon lapli.


►​ Extraits tirés de la tournée pancanadienne

Auteur•e•s et artistes

Carl Lacharité (Warwick) • poète du texte original Le vivant

Érick d’Orion (Québec) • artiste audio

Simon Dumas (Québec) • metteur en scène et vidéaste

Jean-Yves Fréchette (Québec) • correspondant médias sociaux et twittérateur • tournée pancanadienne 2017

David B. Ricard (Bic) • vidéaste • tournée pancanadienne 2017

Claudia Kedney-Bolduc (Québec) • vidéaste • tournée pancanadienne 2017

Martin-Pierre Tremblay (Gagnon) • réalisateur et écrivain • Port-au-Prince 2016


POÈTES ASSOCIE•E•S 

David Baudemont (Saskatchewan)

Rhéal Cénérini (Manitoba)

Daniel Aubin (Ontario)

Jonathan Roy (Nouveau-Brunswick)

Georgette LeBlanc (Nouvelle-Écosse)

Crédits et partenaires

La tournée pancanadienne de 2017 fut rendue possible grâce au soutien du Conseil des arts du Canada, du Conseil des arts et des lettres du Québec, du Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes du Québec et de l’Entente de développement culturel de la ville de Québec.
L’escale du Vivant à Port-au-Prince en 2016 fut rendue possible grâce au soutien du Conseil des arts du Canada et du ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec. 
L’escale de 2015 à Caraquet fut rendue possible grâce au soutien financier du Conseil des arts du Canada et du Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes du Québec en collaboration avec le Festival acadien de poésie de Caraquet.

Captations

► Lecture du Vivant à Caraquet

 

► Extrait du spectacle Le vivant à Caraquet

Georgette LeBlanc, la poète en Nouvelle-Écosse, en lecture de son adaptation du Vivant



► La tournée pancanadienne Vocalités vivantes en vidéos

Photos

Galerie photo à venir.

Revue de presse

Feuille de route

2019

11, 19, 23 et 27 mai — Mois du documentaire du Clap à Québec et Loretteville

23 et 31 mars — Festival international des films sur l’art (FIFA), documentaire en compétition officielle

2018

21 septembre — Festival de cinéma de la ville de Québec, spectacle final (version abrégée), La Poudrière de l’Esplanade, 

17 et 18 mars — activités satellites, lectures et performances, Musée de la Civilisation de Québec

16 mars — spectacle de clôture du parcours de la caravane, Chapelle de l’Amérique francophone

2017

17 septembre au 8 octobre — parcours de la caravane en Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan 

6 au 16 août — parcours de la caravane Vocalités vivantes en Nouvelle-Écosse

2016

29 novembre au 13 décembre — collaboration avec l’organisme Comédiens sans frontières, Port-au-Prince 

5 au 10 septembre — PhosFestival de Matane

2015

3 au 8 août — Festival de poésie de Caraquet