Série Paroles tenues : littérature et citoyenneté

Le projet

Les Productions Rhizome et Le Cercle – Lab vivant s’associent une fois encore pour présenter la série Paroles tenues : littérature et citoyenneté. Trois rencontres organisées autour de trois thématiques auxquelles trois personnalités issues d’univers littéraires différents apporteront leurs voix et leurs réflexions. Chaque rencontre mettra en présence un auteur (romancier, poète, essayiste) et deux autres figures reliées au thème choisi. Un animateur liera les argumentaires proposés.
Paroles tenues se veut être un laboratoire dans lequel la littérature s’affirme certes comme lieu de libération de la Parole mais aussi comme mise pouvant servir de terreau et de relance aux autres formes de discours, qu’ils soient politiques, philosophiques, économiques, esthétiques, etc.
L’objectif de cette série est de permettre d’initier des réflexions en dehors des lieux traditionnels et de la catégorisation des discours tout en laissant la parole citoyenne se déployer, mener à de nouvelles avenues de pensée et idéalement de passages à l’acte.
Une démarche de réflexion et d’échanges est proposée au public via une page Facebook expressément conçue pour vous donner la parole. Vous aussi vous souhaitez Tenir Paroles? N’hésitez plus : facebook.com/parolestenues
Paroles singulières, discours hégémoniques – 24 février 2016
Paroles sous surveillance, création et aliénation – 26 avril 2016
Paroles libres, les lieux de l’enfance – 15 juin 2016 (activité reportée au 16 novembre prochain)
Paroles tenues est une coproduction de Rhizome et Le Cercle – Lab vivant.
Le projet est rendu possible grâce au soutien de l’Entente de développement culturel intervenue entre le ministère de la Culture et des Communications et la Ville de Québec.

Paroles singulières, discours hégémoniques – 24 février 2016

Avec
Marc Séguin, artiste et romancier
 
Maya Cousineau Mollen, militante et poète 
Yvan Simonis, psychanalyste et anthropologue 
et
Nicholas Belleau, Animateur
 
 

La première rencontre de la série Paroles tenues – littérature et citoyenneté fut l’occasion de se questionner sur le rôle de la parole singulière dans la définition de nos identités individuelles et collectives. Quelle est la place pour la parole individuelle au coeur de la Cité, et ce, dans un contexte de Mondialisation? L’hégémonie étant la logique constitutive de la politique, toujours trouée dans ses fondements, ne peut occuper l’intégralité de l’espace symbolique, mais peut-elle « évoluer » en tenant compte des brèches et des différences qui irriguent le lien social?
Nos invités pour en discuter furent Marc Séguin (artiste et romancier), Maya Cousineau Mollen (militante et poète), qui a remplacé au pied levé l’activiste Michèle Audette, et Yvan Simonis (psychanalyste et anthropologue).
Et nous fûmes fort heureux d’accueillir Nicholas Belleau comme animateur de cette rencontre du 24 février au Cercle!
Une démarche de réflexion et d’échanges a été proposée au public via une page Facebook expressément conçue pour vous donner la parole. Vous aussi vous souhaitez Tenir Paroles? N’hésitez plus : facebook.com/parolestenues
La captation vidéo de cette première rencontre de la série Paroles tenues est maintenant disponible. C’est avec un immense plaisir que nous vous révélons ici en entier la discussion entre nos trois invités du 24 février dernier.

Le premier volet de la série Paroles tenues – Littérature et citoyenneté suscite en nous un vif espoir : celui d’une rencontre véritable dont les résultats entraineraient la création de perspectives originales authentiques. C’est donc avec un réel plaisir et avec beaucoup de curiosité que nous accueillerons Marc Séguin (artiste et écrivain), Maya Cousineau Mollen (activiste et poète) et Yvan Simonis (psychanalyste et anthropologue).
 
Trois aspects alimentent particulièrement nos attentes. D’abord, nous savons que la formation d’espaces qui permettent l’aventure d’une réflexion libre n’advient finalement que rarement sur la place publique et nous sommes heureux de pouvoir en ouvrir un avec vous maintenant. Ensuite, l’individualité affirmée des intervenants que nous avons regroupés nous enthousiasme quand elle laisse présager son lot de paroles singulières. Finalement, nous sentons que nos trois invités sont liés par certains courants de pensées souterrains qui annoncent des possibilités exploratoires fructueuses dans la compréhension des devenirs qui nous traversent et auxquels nous participons. 
 
Pour conclure, si l’événement est toujours éphémère dans sa formulation, ses développements produisent parfois des fruits dans la durée. Le fruit est cette chose qui conjugue en lui la floraison passée, le don immédiat de la chair et l’arbre à venir. 
 
C’est donc dans ces termes que je voudrais engager la réflexion avec nos trois intervenants en questionnant la nature des fruits qu’ils aimeraient produire par cette rencontre du 24 février prochain. 
 
Si vous souhaitez participer à la discussion, vous êtes invité(e)s à alimenter le débat avec vos commentaires sur la page Facebook de Paroles tenues.
Nicholas Belleau,
25 janvier 2016,
Sainte-Anne-de-Beaupré.

BIOGRAPHIES

Paroles singulières, discours hégémoniques – 24 février 2016

Marc Séguin, artiste et romancier

Marc Séguin est né le 20 mars 1970 à Ottawa. Ces oeuvres sont exposées dans plusieurs institutions muséales reconnues à travers le monde. Son corpus artistique est constitué de tableaux aux grandes dimensions et aux proportions étonnantes. Marc Séguin est aussi un écrivain doué. Ses trois romans La foi du Braconnier (2009), Hollywood (2012) et Nord Alice (2015) ont attiré une attention favorable auprès des critiques littéraires.

Maya Cousineau Mollen, activiste et poète 

Gentiment surnommée petite perle innue par son amie Michèle Audette, Maya Cousineau Mollen est originaire de Mingan sur la Côte-Nord. Adoptée de façon traditionnelle par une famille québécoise, Maya a grandi entre deux mondes qui se connaissaient, qui ne se sont plus reconnus et qui réapprennent à se tendre la main. Petite-fille de Jack Monoloy (eh oui il a bien existé), Maya a été soutenue, aimée et encouragée dans son chemin de vie vers l’écriture. Son père adoptif, Pierre Cousineau, lui disait souvent d’écrire, de lire, de terminer ses études afin d’acquérir l’autonomie. Sa mère adoptive, Mme Gratia Maloney, pilier de sa vie, est une fervente militante en faveur de la reconnaissance des premières nations.

Maya a suivi les conseils familiaux et ses premiers textes se retrouvent dans Littérature amérindienne du Québec. Écrits de la langue française de Maurizio Gatti, puis dernièrement dans les revues Moebius et Littoral. Elle se prépare à présenter un texte dans le cadre d’un projet de collectifs d’écrivains autochtones, initié par Michel Jean. Elle se voit comme une poète hybride et une Québécoise-Innue. Elle est co-fondatrice de l’Association étudiante des Premières nations à l’Université Laval, maintenant devenue l’Association étudiante autochtone (AÉA), puis également co-fondatrice du Conseil des jeunes des Premières nations du Québec et du Labrador en 2001 suite au Sommet du Québec et de la jeunesse. Travaillant dans le domaine des premières nations, que ce soit du côté autochtone ou québécois, son parcours professionnel aura toujours eu comme mission de construire des ponts ou d’avancer à petit pas vers le mieux-être des communautés. Elle fut, il y a quelques années, une militante, mais elle a préféré se concentrer sur un travail de terrain auprès des communautés par la suite.


Yvan Simonis, psychanalyste et anthropologue

Né le 22 mai 1936
Docteur en Sciences Économiques et Sociales – I.E.S. Paris – 1967
Professeur titulaire retraité du département d’anthropologie de l’université Laval
Psychanalyste du Gifric.
Thèse de doctorat : Claude Lévi-Strauss ou la passion de l’inceste. Thèse publiée en 1968 sous le même titre chez Aubier-Montaigne puis en 1983 chez Flammarion dans la collection Champs. Traduit en portugais et en espagnol.
Fondateur de la revue Anthropologie et Sociétés en 1977 et rédacteur de la revue de 1977 à 1987.
Directeur du département d’anthropologie de l’université Laval de 1976 à 1979
Membre du Conseil de l’Université Laval (1980-1982)
Vice-président de l’ACSALF (1979-1981)
Membre du Bureau de Direction de l’École de Psychologie (1978-1979)
Fellow de l’American Anthropological Association (1972-1973)


Nicholas Belleau, animateur

Nicholas Belleau est professeur de cinéma au cégep Garneau. L’objet de ses recherches est double.
À partir de la philosophie de Gilles Deleuze, son travail consiste à mettre en scène la pensée cinématographique d’un point de vue artistique et conceptuel. Politiquement, il réfléchit aux processus historiques afin de contribuer à la création d’une vie collective significative et satisfaisante pour les esprits et les coeurs.

Paroles sous surveillance, création et aliénation – 26 avril 2016

Avec
Esther Rochon, écrivaine
 
Guillaume Latzko-Toth, professeur de communication, Université Laval,

Stéphane Leman-Langlois, professeur de criminologie, Université Laval 

et
Matthieu Dugal, animateur
 
Admission générale : 15$
Tarif étudiant : 12$
à la porte

PAROLES SOUS SURVEILLANCE, CRÉATION ET ALIÉNATION 
 

Pour cette deuxième rencontre de la série Paroles tenues, le thème Paroles sous surveillance, création et aliénation a été retenu.

Afin de soutenir la discussion autour de ce thème, nos invités sont Esther Rochon (écrivaine), Guillaume Latzko-Toth (professeur de communication, Université Laval) et Stéphane Leman-Langlois (professeur de criminologie, Université Laval).
C’est Matthieu Dugal qui a assuré l’animation de cette rencontre du 26 avril au Cercle!
Une démarche de réflexion et d’échanges avait été proposée au public via une page Facebook expressément conçue pour vous donner la parole. Vous souhaitez Tenir Paroles? N’hésitez plus : facebook.com/parolestenues
Photo : Jakub Geltner (Prague), Nest 05, 2015, installation urbaine, sculpture sur le bord de la mer, Aarhus, Danemark. Sources : geltner.cz / sculpturebythesea.com

PAROLES SOUS SURVEILLANCE, CRÉATION ET ALIÉNATION 

 

Comment la technologie génère des systèmes de surveillance et d’auto-surveillance volontaire

Naturellement, il n’y avait pas de moyen de savoir si à un moment on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée, se branchait-elle sur une ligne quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout le monde, constamment… On devait vivre, on vivait, car l’habitude devient instinct, en admettant que tout son émis était entendu et que, sauf dans l’obscurité, tout mouvement était perçu.

George Orwell, 1984

Avec l’avènement des technologies de l’information et des communications, nous vivons aujourd’hui à l’intérieur d’un vaste champ d’images, d’algorithmes et de métadonnées qui nous définissent, dissèquent ce que nous sommes, ce que nous pensons et ce que nous consommons tant dans l’espace que dans le temps. Si nous jouissons sans trop de pudeur et parfois avec beaucoup d’insouciance de cet extraordinaire potentiel mis à notre disposition en quelques clics, faut-il rappeler que l’ensemble de ces informations peut être analysé et exploité par les gouvernements mais aussi par le secteur privé, et même criminalisé, souvent à notre insu ou sans notre consentement.

Plusieurs s’inquiètent de la montée en puissance de la capacité de surveillance développée au fil des ans, prétextant que « Big Brother » n’est plus une fiction mais une réalité qui a pour nom Google, Apple, Facebook, Amazon, ou encore agences nationales de sécurité, centrales de renseignements, etc. Exagération, théorie du complot farfelue? Ne sommes-nous pas déjà entrés de plain-pied dans ce que Michel Foucault décrivait dès 1975 (dans l’ouvrage Surveiller et punir : Naissance de la prison) comme « une société non du spectacle mais de la surveillance. Nous ne sommes ni sur les gradins, ni sur la scène, mais dans la machine panoptique, investis par ses effets de pouvoir que nous reconduisons nous-mêmes puisque nous en sommes un rouage ».

Quarante ans plus tard, le constat n’est que trop vrai et chaque jour la machine grossit, imposant ses codes et ses règles aux utilisateurs dont le nombre ne cesse d’augmenter. Aux dires de certains, nous n’avons encore rien vu. La révolution quantique, le “deep learning”, les progrès de l’intelligence artificielle ou des réseaux de neurones artificiels ouvriront de nouvelles avenues pour le meilleur mais aussi pour le pire, un pire qui nous laissera, malgré les promesses de liberté et d’accessibilité aux savoirs, toujours plus dépendants et plus fragiles au cœur de la machine que nous alimentons de notre intimité pour prouver et se prouver que nous existons.

Dans le contexte actuel d’insécurité — réel, supposé voire exagéré —, la surveillance est devenue un véritable enjeu — et un marché — qui permet de justifier la mise en place de politiques de gestion et de contrôle de l’information. La vidéosurveillance en est un parfait exemple, présente partout dans les villes et pas seulement dans les grandes agglomérations, braquant sur nos moindres faits et gestes un regard omniprésent et omnipotent. Nombreux sont ceux qui dénoncent cette dérive sécuritaire mise en place par les pouvoir publics prétextant une aliénation de l’espace public où l’individu, se sachant surveillé, s’assujettit de lui-même au cadre normatif édicté par l’autorité surveillante et peut ou même doit devenir sujet de surveillance et rapporter tout comportement jugé « inapproprié ». La délation est encouragée, s’organise, et nous devenons tous des cibles potentielles.

Tandis que chercheurs, spécialistes en cybersécurité et « bidouilleurs » géniaux tentent d’élaborer et de mettre en place des contrepouvoirs capables de garantir aux utilisateurs une certaine confidentialité quant aux informations échangées (notamment par le cryptage), plusieurs artistes ont mis à profit ces technologies pour en faire des créations artistiques en les détournant pour mieux les questionner. C’est notamment le cas de l’artiste canadien David Rokeby qui – selon Léa Snider – « par le biais de ses propres logiciels de création (…) cherche à redéfinir l’esthétique de la vidéosurveillance. La singularité de son art provient d’un intérêt marqué pour la dimension temporelle des œuvres et d’une exploration continue de l’œuvre numérique de surveillance au-delà du principe commun de l’interactivité. »

Paroles sous surveillance, création et aliénation est aussi l’occasion d’aborder la question de la liberté d’expression, du contrôle de l’information et de la censure dans un contexte de mondialisation des savoirs et de concentration des sources de diffusion aux mains de quelques-uns.

Photo 1 : FRONT 404 (Thomas voor’t Hekke et Bas van Oerle), Orwell’s Birthday Party, 25 juin 2015, 110e anniversaire de George Orwell, série d’installations de caméras, Utrecht, Pays-Bas. Source : front404.com/george-orwells-birthday-party

Photo 2 : Une télévision géante dans une capsule, 2008, installation dans la station de train sud de Vienne, Autriche, station fermée en 2009 et démolie en 2010.


PAROLES D’AUTEURE 
 
J’écris des livres, et depuis longtemps. De nos jours, mon écriture, en science-fiction et fantastique québécois, est un « produit de niche ». Je dis des choses qui ne résonnent pas au premier degré avec les questions de l’heure ; je ne suis pas remarquablement sentimentale ; mon message ne rejoint pas les priorités de la majorité ou des décideurs.
 

Pour écrire, et pour mener ma vie en général, je me tiens informée. Ainsi, je sais qu’on est surveillé quand on circule sur l’Internet, et qu’il peut arriver des ennuis tels que le vol d’identité. Dans d’autres pays, ce sont de véritables tragédies, l’emprisonnement, la torture ou la mort qui peuvent découler de paroles ou d’écrits diffusés. Les grandes causes liées à la liberté d’expression, proches du journalisme et de l’actualité, sont nobles. Je me réjouis que ces causes et ces problèmes mobilisent des gens, et puisse la liberté triompher ! 

Mais la censure, pour moi, ce n’est pas seulement une question de surveillance par des gouvernements.

Ma liberté d’écrivaine de science-fiction et fantastique est de modeste envergure. J’ai l’impression qu’elle a diminué. En 1974, quand j’ai publié mon premier livre, une vingtaine de critiques et de recensions ont paru dans différents journaux, j’ai été interviewée et tout le tralala : je publiais un roman et, du coup, on m’offrait une tribune. Tandis que maintenant, si je publie un livre, il recevra une ou deux critiques, dans une ou deux publications spécialisées. Je peux raconter ce que je veux ; en ce sens, je suis parfaitement libre. Mais je n’intéresse qu’un petit nombre. 

Mon expérience n’a rien d’exceptionnel ; bien des gens des milieux culturels en vivent de semblables. La différence entre les amateurs et les professionnels s’estompe : à quelques exceptions près (et félicitations à ces exceptions !), tous ne tirent, au mieux, que des revenus d’appoint de leurs œuvres. Faudra-t-il redéfinir la qualité d’une œuvre, si un créateur « reconnu » n’a pas plus de visibilité ou de revenus qu’un amateur doté d’un bon réseau d’amis ? 

La place publique me semble un lieu de censure assez strict, où règne une rectitude politique à géométrie variable. Si une œuvre, conçue pour une certaine sous-culture, se voit condamnée à l’aune des valeurs d’un autre groupe, y a-t-il lieu de reconsidérer cette œuvre ? Cette sous-culture se remettra-t-elle en question ? Se cantonnera-t-elle dans sa différence ? L’autre groupe changera-t-il de position ? La mondialisation fait naître toutes sortes de situations qui touchent la censure, volontaire ou non.

À mon sens, il est bon que les écrits foisonnent, des messages textes aux romans. Il y a des exagérations, des médisances, des insultes, des mensonges et toutes sortes de tensions, mais la profusion actuelle va mener quelque part. Chaque livre, chaque message, sage ou fou, intéressant ou non, correctement compris ou non, implique des gens qui vivent cette expérience de communication.

Nous sommes surveillés, certes, et cela fait partie de l’ensemble. Mais tant de gens peuvent malgré tout explorer la parole, à l’échelle planétaire ! Les deux sortes de censure demeurent, celle des autorités qui, dans le but avoué de protéger les citoyens, vont faire de la surveillance, à bon ou mauvais escient ; et celle de la popularité, qui, pour fournir aux gens ce qu’ils veulent comme discours artistique et social, va favoriser ce que le grand public trouve valable. 

La liberté, quelle qu’elle soit, aura toujours un prix.

Esther Rochon,
Mars 2016, Montréal.

BIOGRAPHIES
Paroles sous surveillance, création et aliénation – 26 avril 2016
Esther Rochon, écrivaine

Esther Rochon est venue tôt à l’écriture puisqu’en 1964, âgée d’à peine seize ans, elle obtenait, ex aequo avec Michel Tremblay, le Premier Prix, section Contes, du concours des Jeunes Auteurs de Radio-Canada. Depuis, elle a publié de nombreux ouvrages qui lui ont valu, entre autres, quatre fois le Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois. Née à Québec, habitant Montréal depuis fort longtemps, Esther Rochon a fait des études supérieures en mathématiques tout en devenant une fervente adepte de la philosophie bouddhiste. Elle a reçu en 2015 le prix « Hommage visionnaire » pour l’ensemble de son œuvre, soulignant son apport exemplaire aux littératures de l’imaginaire en Amérique francophone.

Quelques-uns de ses titres récents parus chez Alire :

La Splendeur des monstres (2015); La Rivière des morts (2007); La Dragonne de l’aurore (Le cycle de Vrénalik, 2009); L’Aigle des profondeurs (Le cycle de Vrénalik, 2002); Lame (Les Chroniques infernales, 2008); Sorbier (Les Chroniques infernales, 2000); Or (Les Chroniques infernales, 1999).

Crédit photo : Louise Leblanc


Guillaume Latzko-Toth, professeur de communication, Université Laval

Guillaume Latzko-Toth est professeur agrégé au Département d’information et de communication de l’Université Laval, où il enseigne notamment les enjeux sociaux des médias numériques, et codirecteur du Laboratoire de communication médiatisée par ordinateur (LabCMO). Ses recherches et publications portent sur l’histoire et sur les usages des médias sociaux et des technologies numériques, ainsi que sur les enjeux éthiques de l’utilisation des traces numériques déposées par les internautes dans les espaces en ligne. Il est membre du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST).

Crédit photo : Chervine

Stéphane Leman-Langlois, professeur de criminologie, Université Laval 

Stéphane Leman-Langlois est professeur titulaire de criminologie à l’Université Laval ainsi que titulaire de la chaire de recherche du Canada en Surveillance et construction sociale du risque. Ses travaux ont porté sur la justice en période de transition politique, sur la police, le renseignement de sécurité, le terrorisme et les nouvelles technologies de surveillance. Il a récemment publié Technocrime: Policing and Surveillance, Routledge, 2012; Sphères de surveillance, PUM, 2011; Terrorisme et antiterrorisme au Canada, PUM, 2009; Technocrime : Technology, Crime and Social Control, Willan, 2008.


Matthieu Dugal, animateur 

Diplômé en journalisme et en sciences politiques, Matthieu Dugal pratique le métier de journaliste, d’animateur et de chroniqueur depuis 20 ans. Tour à tour journaliste aux nouvelles à la radio de Radio-Canada au Saguenay, rédacteur à RDI Montréal, pigiste pour Le Devoir, Voir, Urbania, Ici Montréal, Le Soleil, animateur et journaliste à TV5, il a aussi animé pendant 4 ans l’émission « Méchant Contraste! » présentée sur les ondes de Télé-Québec. Il anime depuis 2011 l’émission de culture numérique « La sphère » sur Ici Radio-Canada Première et, depuis 2014, il est chroniqueur hebdomadaire à Paris sur l’émission « 300 millions de critiques » animée par Guillaume Durand et diffusée dans plus de 200 pays et territoires sur les ondes de TV5 Monde. Dans le Téléjournal 22 h animé par Céline Galipeau sur Ici Radio-Canada Télé on peut le voir dans une chronique techno hebdomadaire, ainsi que dans 8 stations régionales de Radio-Canada partout au Canada. Chaque vendredi, il tient aussi une chronique techno dans le retour à la maison « Le 15-18 », animé par Annie Desrochers sur les ondes d’Ici Radio-Canada Première. À l’hiver 2015, Matthieu Dugal a aussi remplacé à pied levé Marie-France Bazzo à la barre de Bazzo.Tv sur les ondes de Télé-Québec.

Crédit photo : Radio-Canada



Sélection de textes et d’articles sur la surveillance et ses détournements dans l’art
 

Paroles libres, les lieux de l’enfance – 16 novembre 2016

Avec
Samuel Archibald, auteur
 
Juan Torres, urbaniste et professeur
et
Florence Piron, anthropologue et éthicienne
 
Admission générale : 15$
Tarif étudiant : 12$
à la porte

PAROLES LIBRES, LES LIEUX DE L’ENFANCE 
 

Cette troisième et dernière rencontre de la série Paroles tenues portera sur le thème Paroles libres, les lieux de l’enfance.
Nos invités sont Samuel Archibald (auteur), Juan Torres (urbaniste et professeur) et Florence Piron (anthropologue et éthicienne), qui anime également cette soirée.
Une démarche de réflexion et d’échanges est proposée au public via une page Facebook expressément conçue pour vous donner la parole : facebook.com/parolestenues
Photo : Image tirée de Tommy L’enfant-loup, de Samuel Archibald (source).

Paroles libres, les lieux de l’enfance 

« Changer l’homme? En quoi cela consiste-t-il? Cela consiste à demander à chacun : quel est ton désir propre? Ton désir, parlons-en. Quiconque s’attache à écouter la réponse des enfants est un esprit révolutionnaire. Les autres soi-disant révolutions ne changeront rien. » Françoise Dolto

Cette rencontre a été imaginée à partir du constat suivant : il existe dans la Cité peu de lieux et/ou d’occasions qui permettent à la parole de l’enfant et des jeunes de se déployer et d’inspirer des initiatives qui considèrent réellement leur apport.

Mis à part le milieu scolaire qui en général s’emploie à « formater » cette parole et le milieu familial qui, étant du domaine privé reste une donnée difficilement mesurable, nous constatons que la parole de l’enfant est fort discrète sur la scène sociale.

Quand elle est prise en compte, l’enfant est souvent transformé en petit consommateur en devenir, comme individu à prendre en charge ou comme futur adulte plutôt que comme acteur de son propre développement, consulté à propos des enjeux qui le concernent.

Quels sont les lieux ou quelles sont les scènes qui l’invitent à manipuler et à verbaliser ses actes et ses pensées dynamiques, à en découvrir la puissance de création et d’innovation?

Tous les jours, le fil de l’actualité nous fait prendre acte que « les valeurs qui soutenaient les projets de société perdent de leur pertinence et leur caractère de recevabilité pour les nouvelles générations » qui n’y trouvent plus réponse à leurs aspirations profondes et leurs exigences en manque d’avenir. « Cet état de fait entraine la nécessité logique de nouveaux fondements, de nouveaux ensembles sociaux » qui devront trouver leur émergence dans l’esprit et le corps des enfants.

Immergé dans ce monde en pleine mutation qui l’entoure et l’interroge, l’enfant doit faire l’expérience qu’il peut trouver dans la parole une ressource qui fait exister sa singularité dans l’espace commun du dialogue avec les autres.

Sans dire que l’enfant a toujours raison sur ce qu’il avance, il est urgent de considérer sa pensée en train de naitre, mais surtout de la placer au centre d’une recherche plus vaste qui considère que l’être humain à l’état d’enfance est notre égal. Si l’on pose que l’enfant nait et grandit entre autres en fonction des représentations de l’enfance propres à son entourage et à son époque, il faut agir sur ces représentations à partir de « l’énigme lumineuse », non prévisible, que peut faire apparaitre le questionnement de l’enfant sur la condition humaine.

R. Levin, psychanalyste argentin, soutien que « L´enfance a plus de pouvoir que la politique parce qu’elle incarne le manque de réponse aux questions sur la condition humaine. » Mais, par définition, la politique doit éliminer/intégrer tout pouvoir qui défie le sien. Ce qui est tragique est le suivant paradoxe : le pouvoir de l’enfance est subi par le plus fragile des humains; l’enfant.

Il postule aussi que comme conséquence de cette idéologie, l’enfant devra endurer des privations éducatives, sanitaires et alimentaires causées par des politiques économiques qui le négligent et le regardent du coin de l’œil.

Bien sûr, des organisations telles l’UNICEF ou l’ONU travaillent depuis plusieurs années à faire reconnaitre les droits de l’enfant. En 1989 était ainsi signée à L’ONU la convention internationale relative aux des droits de l’enfant. L’initiative mondiale de l’UNICEF appelée Villes amies des enfants (Municipalité amie des enfants, au Québec) favorise également l’application des principes énoncés dans cette Convention par les gouvernements locaux.

Une Ville amie des enfants publie périodiquement des rapports sur la situation des enfants de sa communauté dispose d’un défenseur indépendant des droits de l’enfant, offre des mécanismes permettant aux enfants de faire entendre leur voix et met en œuvre d’autres mesures essentielles qui tiennent compte de l’intérêt supérieur de l’enfant dans l’élaboration et la coordination des politiques, des services et de toute autre action prise par le gouvernement.

Cependant, notre Ville est-elle dotée de mécanismes de gouvernance qui permettent aux enfants de participer à la prise de décisions ayant une incidence sur leur vie?

Par Caroline Simonis, Le Cercle, juin 2016. 

Photo : Un père récrée de manière numérique, et avec des objets du monde réel, les petites oeuvres dessinées par son fils Dom de six ans (source).


BIOGRAPHIES
Paroles libres, les lieux de l’enfance – 16 novembre 2016
Juan Torres, Ph.D.
Juan Torres est urbaniste, professeur à l’École d’urbanisme et architecture de paysage et vice-doyen aux études supérieures à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. Diplômé en architecture et en urbanisme, son travail de recherche porte sur la relation entre la ville et l’enfant, notamment en ce qui concerne le design urbain, la mobilité quotidienne et les processus participatifs en aménagement. Il collabore régulièrement avec Vélo Québec, dans le cadre du programme « À pied, à vélo, ville active » (auparavant « Mon école à pied, à vélo ! »), ainsi qu’avec le Carrefour action municipale et famille, comme membre du comité d’accréditation « Municipalité amie des enfants ».

Samuel Archibald, auteur
Né en 1978, Samuel Archibald est l’auteur d’Arvida (2011, Prix des libraires 2012) et de Quinze pour cent (2013), publiés au Quartanier. Il a aussi fait paraître deux essais, Le texte et la technique (Le Quartanier, 2009) et Le sel de la terre (Atelier 10, 2013). Arvida a été publié en France par Phébus en 2013, et la traduction anglaise, parue chez Biblioasis en 2015, a été mise en nomination pour le Scotiabank Giller Prize. À l’automne 2015, il publie au Quartanier, dans la collection « Porc-épic », Tommy l’enfant-loup, premier titre jeunesse de la série Bill Bilodeau, l’ami des animaux, qui comptera cinq romans, tous illustrés par la bédéiste Julie Rocheleau. À l’hiver 2016, il publie chez le même éditeur Saint-André-de-l’Épouvante, sa première pièce de théâtre, créée en juillet 2015 à Carleton-sur-Mer dans une coproduction des théâtres À tour de rôle (Carleton), La Rubrique (Jonquière) et PàP (Montréal), et une mise en scène de Patrice Dubois. La pièce a aussi été présentée à Jonquière à l’automne 2015, puis à Montréal en février et mars 2016 à l’Espace Go.

Florence Piron, Ph.D
Florence Piron (Québec) est anthropologue et éthicienne, professeure au Département d’information et de communication de l’Université Laval où elle enseigne la pensée critique à travers des cours sur l’éthique, la démocratie et le risque. Présidente fondatrice de l’Association science et bien commun et de la boutique de sciences Accès savoirs de l’Université Laval, elle s’intéresse aux liens entre la science, la société et la culture (l’éthique), à la fois comme chercheuse et comme militante pour une science plus ouverte, plus inclusive, socialement responsable et tournée vers le bien commun qu’elle interprète comme la lutte contre les injustices et la dégradation de l’environnement. Elle intervient oralement et par écrit dans une grande diversité de milieux, dans et hors du monde universitaire. Florence est co-chercheuse principale du projet SOHA (La science ouverte comme outil collectif de développement du pouvoir d’agir et de la justice cognitive en Haïti et en Afrique francophone).