Images invisibles

Le projet

Un cinéma avec pour seul écran votre esprit. Dans l’obscurité, des images projetées sous forme de phrases et de sons se réverbèrent sur la paroi de votre crâne. Les voix s’insinuent, suggèrent, manipulent. Vous n’êtes plus ici. Histoires d’hôtels mexicains, de salles obscures, de voies ferrées qui vous emportent ailleurs, même si le poids de votre corps sur la chaise est bien réel. De temps à autre, une apparition : un spot révèle la source de la voix, la silhouette d’un auteur se découpe sur le noir. Les regards s’agglutinent autour de la source lumineuse comme des papillons de nuit, jusqu’à ce que la forme se dissolve à nouveau dans la pénombre qui vous tire toujours plus profondément dans l’imaginaire. Lorsqu’à la fin se taisent les voix et s’allument les lumières, subsiste, mêlée à toutes les autres émotions, celle de revenir de loin.

Et qu’en vous, subtilement, à votre insu, quelque chose s’est transformé.

Plus concrètement, chacune des quatre parties d’Images invisibles est le résultat d’une collaboration entre un auteur et un artiste audio, dans le but de créer des court-métrages dépourvus d’image. Fusion, donc, entre narration et environnement sonore surround, ce spectacle singulier se déroule dans le noir complet. 

Images invisibles cherche à susciter l’émergence d’images mentales chez l’auditeur, un peu comme le fait la lecture romanesque, mais en amplifiant le pouvoir des mots par un support audio enrobant et suggestif (voix narratrices, bruits d’ambiance, musiques, sons inventés). Les périodes d’obscurité sont ponctuées d’effets de lumière qui révèlent les auteurs lisant leur texte devant ou parmi les spectateurs, dans une dynamique d’apparition/disparition à la limite du spectral. Images invisibles s’affranchit du joug de l’image visuelle, en explorant les rapports complexes unissant la parole et le son, et permet la création de nouveaux alliages littéraires.

Galerie photos

Exemple de pièce

Voici l’intégrale de Mais la nuit. Texte de Simon Dumas. Mise en scène sonore de Mathieu Campagna. Nous ne pouvons trop insister sur le fait que la diffusion en stéréo ne fait que donner une idée de la pièce. De l’entendre en cinq pistes — avec le moniteur de basses fréquences — et dans le bon contexte de diffusion, c’est-à-dire dans le noir, avec cette mise en scène minimaliste et les interventions de l’auteur, émergeant du noir à des moments inattendus (quoiqu’amenés), constitue une toute autre expérience.

Pour écouter les pistes audio, aller sur la Médiathèque des arts littéraires.

Argumentaire

Bien qu’il ait d’abord existé sous une forme simple dans le radio-roman, l’art audio narratif s’est énormément développé au contact du cinéma. Depuis que ce dernier n’est plus muet, les artistes audio du septième art ont redoublé de créativité. Au fil des années, et conjointement avec le développement du cinéma, leurs efforts ont mené à l’invention de nombreux procédés sonores ingénieux qui se sont graduellement imposés comme un code largement compris du grand public. Ces conventions sonores ont peu à voir avec le réel – personne n’entend le son s’assourdir lorsqu’il a trop bu ou lorsqu’il se plonge dans ses souvenirs – et pourtant, les auditeurs en reconnaissent instinctivement le sens. On peut donc affirmer que s’est créé, en parallèle avec le développement cinématographique, un nouveau langage sonore à part entière que nous appellerons ici l’art audio narratif. 

Littérature et art audio narratif ont plusieurs points en commun, mais ce qui en fait un mariage parfait, c’est ce même appel à l’imagination. Entre une description textuelle d’un lieu et une autre qui serait sonore, la sensation ressentie par le public se ressemble : un mélange de précision et d’une incroyable liberté laissée à l’imagination pour créer des images mentales. Les deux ”mediums” s’appuient donc sur une même dynamique évocatrice, beaucoup plus près du senti. Littérature et art audio narratif confient à leur public un rôle actif à jouer contrairement à des ”mediums” plus directs comme l’image.

Les synopsis

Renée Gagnon sans titre

Il est question d’une absence, d’un avant et d’un après «l’absence». Une perte qu’on a laissé se produire, mais, à bien y réfléchir, peut-on vraiment retenir quelqu’un qui veut vraiment partir? Ceux qui restent doivent réapprivoiser le décor. Et le quotidien qui va avec. Il y a le rêve, la machine qui bipe au rythme du cœur et qui, soudain, se met à crier. Il y a les cloches de l’église du coin, à la volée. Il y a elle qui n’accepte pas et lui qui…


Simon Dumas Mais la nuit

Partir à la recherche d’un personnage. Le suivre à la trace, entre réalité et création. Le suivre jusque sur les routes du Mexique. Il s’agit d’une quête intellectuelle, bien sûr, mais aussi matérielle. Au bout de l’idée se trouvent la route, la voix, la personne à qui on demandera d’incarner, de se prêter à cet autre qui cherche à exister. C’est ça le film. C’est ceux qui le font allant à la rencontre de ceux qui y vivent. Ça et les routes, réelles et fictives, qui les portent.


David LeblancSolitude résignée derrière la neige

Film noir au premier degré,  Solitude résignée derrière la neige plonge le spectateur entre les deux oreilles d’une personne seule qui essaie de se changer les idées en fixant la neige dans sa vieille télé pour oublier qu’elle va mourir. L’absence d’histoire personnelle y défile à la vitesse grand V de la vivacité d’esprit, comme un rêve collectif qui explose en frappant le mur du son, éclats d’Histoire avec un grand H et phylactères de BD ranimés au passage, trajet direct de vie à trépas en 5 minutes 37 secondes.


Daniel CantyCe que voient les images

Deux voix désincarnées, terrées derrière la lumière d’un écran de cinéma, guettent l’arrivée d’un jeune homme. Il est en retard, et les sons de ce qui semble être un western emplissent déjà les airs. Peu importe ce que le film raconte. Eux l’ont déjà vu ici, et ils n’ont qu’une idée en tête: se rapprocher de lui, pénétrer sa conscience, comme s’ils pouvaient, en retrouvant son regard angoissé parmi l’assemblée silencieuse, enfin prouver qu’ils existent. Mais deux malotrus de cuir vêtus, bruyants mangeurs de pop-corn et placoteurs de première, détournent le flot de la projection. Marie Brassard et Alexis Martin prêtent leur voix aux images invisibles.

Les duos d’imagistes sonores

RENÉE GAGNON
auteure
Elle a écrit des livres ainsi que de nombreux textes parus dans des revues québécoises,
européennes et états-uniennes. Elle joue parfois avec les arts audio et vidéo.
+
ANTOINE CARON
artiste audio
Mariant la technique et l’artistique, il aime se compromettre dans différentes formes d’expression comme la musique, l’art audio et la photographie.

SIMON DUMAS
auteur et producteur
Auteur indiscipliné, il écrit de la poésie, réalise des spectacles littéraires et se met quelquefois en scène. Il a cofondé Rhizome en 2000 et en est le directeur artistique. 
+
MATHIEU CAMPAGNA
artiste audio et instigateur du projet
Touche-à-tout attiré autant par l’électroacoustique que par l’instrumentation traditionnelle, il compose pour le théâtre, le cinéma, la danse ainsi que pour divers ensembles musicaux. 

DAVID LEBLANC
auteur
Rompu aux inépuisables ressources de la forme courte et de l’alphabet, il est tout, à la fois enseignant en littérature, auteur musicien et chanteur au sein du fantomatique projet Joe Jack Wagner.
+
MARC DOUCET
artiste audio
Après avoir découvert l’échantillonnage et les machines à effets, il devient concepteur sonore pour plusieurs spectacles littéraires multidisciplinaires et conçoit des univers sonores pour la scène, le théâtre, la danse, etc. 

DANIEL CANTY
auteur
Créateur de livres, de films et d’environnements et interfaces narratifs, il enseigne actuellement l’écriture interdisciplinaire à l’École nationale de théâtre du Canada
+
MIRIANE ROUILLARD
artiste audio
Flûtiste de formation, elle collabore en tant que compositrice avec des chorégraphes, des musiciens jazz, des réalisateurs de documentaire, de films d’animation, et des metteurs en scène de pièces de théâtre.

Partenaires

Avec la participation d’AVATAR

Un organisme voué à la recherche, à la création, à la diffusion et à la distribution en art audio et électronique. 

www.avatarquebec.org
 

Le projet fut financièrement soutenu par le Conseil des arts et du lettres du Québec et le Conseil des arts du Canada.

Feuille de route

2016

22, 23, 26, 27 et 29 avril — Tournée en France, à Paris, Clisson, St-Florent-le-Vieil, Nantes et Marseille. 

26 février — Maison de la littérature de Québec

2015

20, 21, 23 et 26 mai — Tournée européenne. La tournée a débuté le 20 mai à Bruxelles (Festival 2 visages de l’électroacoustique organisé par l’association Musiques & Recherches), s’est poursuivie le 21 mai à Namur (Maison de la poésie de Namur), puis en France, à Angoulême le 23 mai (Centre d’art intermédia Databaz) pour enfin se terminer le 26 mai à Bordeaux (à l’Inox à l’invitation de la Librairie N’a qu’1 œil). Étaient du voyage les poètes David Leblanc, Daniel Canty, Renée Gagnon et Simon Dumas. Ils se sont glissés dans les pièces, respectivement, de Marc Doucet, Miriane Rouillard, Antoine Caron et Mathieu Campagna. Yves Doyon assura la régie.

2013

8 novembre — Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal dans le cadre de l’évènement 20/40. 

2012

18 avril — salle Multi de Méduse, Québec, en codiffusion avec Avatar. 

Images invisibles, avec les duos d’imagistes sonores constitués de Daniel Canty / Miriane Rouillard, Renée Gagnon / Antoine Caron, David Leblanc / Marc Doucet et Simon Dumas / Mathieu Campagna.