Le désert est indescriptible. La civilisation est une forme de paysage. Que se passe-t-il lorsque nous restons côté silence de la réalité et que le paysage défile comme une mémoire allant vers la mémoire? Qui serons-nous au sortir de l’image? — Nicole Brossard

Première image : le désert. La route en perspective divise le paysage. Au loin, un petit point devient rapidement une voiture. Mélanie au volant, gueule de rock, appuie sur l’accélérateur pour faire pencher la réalité un peu plus du côté de la lumière. Elle ne rentrera pas tout de suite chez sa mère qui s’inquiète sans doute de ce que sa fille, qui n’est pas en âge de conduire, roule si vite et si loin, dessinant des cercles autour du motel où elles habitent. Ça se passe près de Tucson, Arizona.

Première image : une table, deux chaises et les contours de ce qui pourrait être une chambre de motel. Face à son interlocuteur, l’écrivaine entame un dialogue sur des sujets qui la fascinent depuis fort longtemps : traduction, processus, lecture du réel. Des préoccupations qui sont centrales dans son œuvre et qui recoupent ces questions qui tiennent sa Mélanie en éveil, aux aguets : mais qu’est-ce que peut bien signifier ce mot « réalité »?

Entre conférence, théâtre et cinéma, les interlocuteurs — Brossard et Dumas — doivent se frayer un chemin à travers les images que leurs paroles font surgir. Personnages, lieux et objets, dimensions et beauté, tout cela qui bâtit une fiction, se fait de plus en plus touffu. Que devient un mot lorsqu’il s’incarne dans le temps et l’espace de la représentation?