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Dans une volonté affichée (du moins dans le programme) de réfléchir ensemble sur ce que serait le terrain commun de la communauté des créateurs interdisciplinaires, et ce, tant sémantiquement que politiquement, la table a spontanément, dans un premier temps, (ré)affirmé son refus des étiquettes.

« Est-ce qu’on pourrait enfin laisser tomber les étiquettes ? »

« C’est plus intéressant d’être dans la contradiction ! »

« Définissons-nous par la non-définition ! »  


Une étiquette est une information succincte qu’on appose sur un objet. L’étiquette vient donc le définir après coup, une fois qu’il est constitué. La signification de l’étiquette est par essence moins large que celle de l’objet. Elle est superficielle et vise à associer rapidement l’objet à un concept déjà connu du lecteur. Il s’agit ici d’identification et donc, possiblement, a posteriori, de classification. Or, c’est justement ici que réside un des enjeux soulevés par la table : le refus d’être classé dans une catégorie. Il y a peut-être ici une confusion entre « étiquette » et « discipline ». La communauté interdisciplinaire peut-elle vraiment faire l’économie d’une réflexion disciplinaire ? C’est-à-dire sur la notion même de discipline ? Car, si le terme « étiquette » vient se poser sur l’objet qu’il définit, celui de « discipline » — faisant plutôt référence à un ensemble de pratiques et de connaissances supportant un métier, un art — se situe dessous tel un socle. De par son côté historique, la discipline précède et déborde la pratique (ce qui n’exclut pas que cette dernière puisse la transcender).  



« Ce qu’on veut, c’est juste créer. »

Oui, bien sûr. Mais n’est-ce pas le cas de tous les artistes ? La table semblait se diriger vers une impasse lorsque Guy Sioui Durand a amené cette idée de no zone. Les artistes interdisciplinaires se tiendraient dans cette no zone (ou zone d’instabilité, un autre terme de Sioui Durand) et j’ajouterais que le caractère indéfinissable (on non situable) de cette zone provient certainement d’une multiplicité de zones qui, souvent, se superposent. S’il est possible d’identifier des zones disciplinaires pour des pratiques individuelles, collectivement, la pluralité des pratiques et la diversité des chemins parcourus sont telles qu’il devient très difficile, voire impossible, d’arriver à une définition commune de cet art interdisciplinaire qui, avant toute chose, en est un de recherche.

Il existe des exemples d’artistes interdisciplinaires dont la réflexion et la pratique plongent leurs racines dans une discipline bien précise. C’est le cas de 14 lieux (Martin Messier) dont les spectacles interdisciplinaires « proviennent » des arts sonores (qu’on pense à Sewing Machine Orchestra). D’autres exemples existent avec la littérature, la musique contemporaine, les arts visuels et le théâtre. Donc, on peut réfléchir et faire l’interdisciplinarité « depuis » une discipline, c’est-à-dire en ayant une discipline comme base ou point de départ. Par ailleurs, il y a eu autour de la table plusieurs témoignages d’artistes qui ont affirmé avoir présenté leur travail comme étant du théâtre aux différents conseils des arts tout simplement parce qu’« il y avait plus d’argent dans ce département ». On peut dès lors se demander ce qu’est la différence entre du théâtre réellement actuel — ou de l’art audio actuel, de l’art visuel actuel, etc. — et un spectacle interdisciplinaire. Et qu’en est-il de ce terme, « indiscipline » ? Se réclamer de l’indiscipline comme le font plusieurs artistes, n’est-ce pas là la manifestation (au sens de manifeste) d’un rejet de la lourdeur d’une certaine tradition disciplinaire ? La question se pose puisqu’il est légitime de poser cette autre : une pratique artistique, quelle qu’elle soit, peut-elle vraiment se soustraire entièrement aux centaines d’années de création artistique qui l’ont précédée et donc, se libérer tout à fait de la notion de discipline tant sémantiquement que concrètement ?  

Les hostilités étaient lancées dans une joyeuse bonhommie.

Étant une des premières sessions de réflexion de Chaos II, la table « Attitude et appartenance » avait peut-être pour but de poser des bases pour celles qui allaient suivre qui, elles, allaient porter davantage sur les actions à prendre. Alors que ces tables de l’après-midi allaient tourner leur regard vers l’avenir, la nôtre visait plutôt à le tourner vers nous-mêmes, vers ce qui nous rassemble, et à trouver un terrain commun à partir duquel nous — en tant que groupe uni — pourrions faire un ensemble de revendications.

Dans le paragraphe de présentation de la table — rédigé par Gaëtan Gosselin, président du RAIQ —, quatre mots se démarquent. Ceux du titre, bien sûr, « attitude » et « appartenance », mais aussi « indiscipline » et « politique ». Peut-être y avait-il de la part de l’auteur de ces lignes, une volonté de fédérer la communauté des créateurs interdisciplinaires sous cette notion d’indiscipline et d’enfin prendre position sur ce terrain commun afin d’agir sur celui de la politique.

Or, nous avons rapidement vu que ce terme — pas plus que d’autres qui ont été proposés au fil des années — ne ferait pas l’unanimité. Il prend plutôt sa place dans le catalogue de la nomenclature interdisciplinaire.

Au contraire, les discussions de la table ont mis au jour un paradoxe qui n’est pas nouveau — la communauté interdisciplinaire étant aux prise avec lui depuis au moins la création du RAIQ. Ce paradoxe est le suivant : il y a une nécessité politique de nous définir, mais le consensus est impossible à atteindre. En fait, non seulement est-il difficile de s’entendre sur une définition fédératrice, mais une bonne proportion du groupe refuse la notion même de définition. Il en résulte forcément une incapacité chronique de mettre en mots et en concept ce qui, en ce samedi matin du 6 juin, nous rassemblait dans les locaux du Conseil de la culture de Québec pour ce Chaos II.

Pourtant, il existe bel et bien des points communs, un terrain, justement… Tout comme il existe des codes de l’interdisciplinarité qui permettent à l’œil averti de distinguer d’instinct l’interdisciplinaire du disciplinaire — de même qu’on départage d’office la fiction et la non-fiction même si, en réalité, les frontières entre les deux sont floues et poreuses. La table a entre autres souligné que ce n’est pas tant les contours de l’interdisciplinarité qui sont flous et poreux que ceux qui départagent les disciplines qui le deviennent de plus en plus.

Dix ans plus tôt, une des discussions fondatrices du RAIQ avait porté sur les termes de « multi » et d’« interdisciplinarité ». Si « inter » l’emporta, le terme « multi » n’en est pas moins resté. Et, quelque part, ils font référence chacun à des réalités distinctes quoique proches. Or, il me semble que la table a mis en évidence que, si la pratique artistique de ses membres est interdisciplinaire, on peut dire de l’ensemble de ces pratiques qu’elles sont « multi(ples) ». Elles ont en commun de questionner l’art dans ses disciplines et de rejeter les sentiers battus.

C’est cela, la véritable conclusion de la table. Elle est venue plus tard, au cours des autres tables : ce qui nous rassemble est la recherche et l’expérimentation. Or, ces dimensions de la création artistiques — fondamentales parmi toutes — sont de plus en plus menacées, non seulement par les institutions, mais aussi par le climat social. Dans ce contexte, le RAIQ doit impérativement — et tout simplement — célébrer la diversité des pratiques et promouvoir activement l’importance de la recherche en art.

Simon Dumas










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